Oui, le phénomène d’ennemisation se propage aussi dans certaines entreprises. Le phénomène n’est pas nouveau : il se radicalise tout simplement, tout comme dans la sphère politique.

Voici comment.

(1) Polarisation interne au sein des entreprises

  • Opposition entre direction et employés : Certaines entreprises favorisent une culture où les employés voient la direction comme un adversaire, et inversement (ex. conflits syndicaux où le dialogue est remplacé par une logique de confrontation).
  • Rivalités interservices : Parfois, des départements (marketing vs. production, R&D vs. finance) adoptent une posture de compétition plutôt que de collaboration.

👉 Exemple : Une entreprise en crise peut désigner un bouc émissaire interne (ex. les syndicats, le management, un groupe spécifique de travailleurs).

(2) Stratégies de communication agressives et marketing conflictuel

  • Certaines marques adoptent un discours manichéen en opposant leur produit à une menace ou à un adversaire.
  • Exacerbation des conflits entre entreprises concurrentes (Apple vs. Samsung, Nike vs. Adidas), parfois en caricaturant l’adversaire plutôt qu’en mettant en avant ses propres forces.

👉 Exemple : Des publicités qui ne valorisent plus seulement un produit mais attaquent directement une autre marque ou un groupe social perçu comme un opposant.

(3) « Ennemi » externe : la diabolisation des concurrents et des régulateurs

  • Certaines entreprises cherchent à discréditer la régulation publique en l’assimilant à une menace.
  • Lobbying contre des lois environnementales ou sociales, avec un discours qui les présente comme destructrices pour l’économie.

👉 Exemple : Des géants du numérique comme Facebook ou Uber dénoncent les régulations comme des attaques contre l’innovation, alimentant une vision conflictuelle du débat public.

(4) Fragmentation des travailleurs et montée du populisme managérial

  • Certaines entreprises adoptent des méthodes managériales inspirées du populisme : elles opposent les « vrais travailleurs » aux « bureaucrates », les « anciens » aux « nouveaux », ou les « productifs » aux « assistés ».
  • Discours internes qui valorisent une élite d’employés « méritants » contre ceux perçus comme des « freins au progrès ».

👉 Exemple : Un patron qui incite ses employés à considérer les syndicats ou les instances représentatives comme des ennemis de la performance.

(5) Culture du conflit sur les réseaux sociaux et bad buzz

  • Les polémiques virales (ex. accusations de greenwashing, licenciements abusifs, prises de position controversées) peuvent amener une entreprise à adopter une posture défensive ou à désigner un ennemi extérieur (activistes, médias, consommateurs « ingrats »).
  • Certaines entreprises adoptent une stratégie agressive en réponse aux critiques, ce qui renforce la polarisation plutôt qu’un dialogue constructif.

👉 Exemple : Elon Musk chez Tesla et X (ex-Twitter), qui attaque publiquement les médias, les régulateurs ou ses propres employés.

 

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